Où va la Poste ?
En 1990, l’administration des PTT a été cassée en deux entités, la Poste et France Télécom, devenue Orange. En 2010, après que les méthodes de « management » inspirées directement par le MEDEF ont été appliquées au pas de charge, la Poste est devenue une société anonyme dont les actions sont détenues par l’État, soit directement, soit indirectement, via la Caisse des dépôts et consignations (CDC).
2010 est aussi l’année qui voit les fonctionnaires devenir minoritaires parmi le personnel, mais ce n’est pas tout. Quand la Poste dit qu’elle emploie en 20161 253 219 « équivalents temps plein en moyenne » (ETP), elle parle de l’ensemble du groupe. Si on se penche sur les effectifs des branches « services, courrier, colis », « réseau » et « banque postale », ce que le public appelle « la Poste », ce n’est que 81 % de l’effectif total, soit près de 205 mille… agents ? Non ! Les « ETP » cachent des agents à temps partiel, des CDD etc., de plus en plus nombreux alors que les effectifs baissent inexorablement : 100 000 en dix ans selon les syndicats.
De même, le recours à l’intérim a doublé entre 2014 et 2016, essentiellement au courrier qui « employait » 51 % des intérimaires en 2014 contre 69 % en 2016. Quant aux 4463 « embauches » sur la même période, elles ne comblent que 44 % des 10119 départs… Encore que le terme « embauche » ne signifie pas emploi stable, car, par exemple, 4817 agents de moins de 25 ans ont été embauchés de 2014 à 2016, or 3062 agents seulement ont moins de 25 ans en 2016 !
Bref, la Poste encaisse, ses très hauts dirigeants et ses deux actionnaires surtout. Les personnels trinquent. Or, ces 20 dernières années ont vu la Poste accentuer sa politique de filialisation tous azimuts et entreprendre de « diversifier » ses activités via des prises de participation et des rachats d’autres sociétés (comme récemment Asten ou Axeo) : fini le courrier et le bureau de poste ! Désormais, c’est le service à la personne, le « e-commerce », le colis, la banque et l’assurance, voire le téléphone mobile qui préoccupent le patron.
Cependant, depuis plusieurs semaines la presse bruisse de « rumeurs » concernant un projet de rapprochement de la Banque postale et de la Caisse nationale de prévoyance (CNP), voire d’une prise de contrôle de la Poste par la Caisse des dépôts et consignations CDC, la CNP étant une filiale commune à la CDC et à la Poste… De même, la Poste s’est lancée dans le financement des collectivités locales, au côté de la CDC dans le sillage de la faillite de la banque franco-belge Dexia !
L’objectif de ce montage financier serait de faciliter un emprunt de 6 milliards d’euros qu’envisagerait la Poste. Nul doute que cet endettement servira de prétexte à l’ouverture du capital du groupe la Poste à de nouveaux « investisseurs », privés ceux-là.
Alors, pas étonnant que la Poste tente de plus en plus de museler l’expression et l’activité syndicale. La Ministre du travail, M. Pénicaud, passant outre l’avis de l’inspection du travail, a décidé d’autoriser le licenciement de Gaël Quirante, secrétaire du syndicat Sud Poste des Hauts-de-Seine, au terme d’une procédure qui a duré 7 ans.
L’affaire remonte à 2011, à l’époque où E. Woerth, prédécesseur de M. Pénicaud, avait écrit à la Direction générale du travail pour lui signifier que les inspecteurs du travail ne devait pas mettre les pieds à la Poste, fraîchement transformé en SA de droit privé, employant désormais une majorité de personnel relevant du Code du travail : deux poids, deux mesures ! Pour le MCI, c’est un principe : non au licenciement de G. Quirante, responsable syndical !
1. Ces chiffres sont extraits du bilan social de la Poste pour 2016, le dernier disponible au moment où ces lignes sont écrites.





