Retraites : ce qui se prépare
En serviteur zélé du capital, E. Macron s’apprête à lancer une nouvelle contre-réforme des retraites conformément aux exigences de la Commission européenne. Comme d’habitude, l’offensive commence par le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR).
Comme d’habitude, le gouvernement prétend vouloir garantir le système de retraites par répartition, le simplifier et le rendre plus équitable. En fait, il veut diviser les travailleurs pour imposer la dévastation du système de retraites par répartition et ainsi pousser les travailleurs à confier leur retraite à la capitalisation, à la bourse.
Le sujet est décisif, c’est pourquoi nous commencerons cette série d’articles par un rappel historique et une présentation succincte du système de retraites en vigueur. Nous entrerons ensuite dans le cœur du sujet : la nécessité de se mobiliser massivement dans l’unité pour faire reculer la gouvernement et les capitalistes mais aussi pour repartir à l’offensive afin d’améliorer le système de retraites et les conditions de vie des travailleurs.
L’Histoire
Sans remonter au premier système de pensions mis en place par Colbert pour la marine royale, il faut savoir que les travailleurs ont dû se battre pour obtenir que leurs vieux puissent se reposer un jour et ne plus mourir au travail, « se tuer à la tâche ».
Même si, à plusieurs reprises (en 1768, 1790, 1831 ou 1853), l’État a pu reconnaître comme de son intérêt de verser des pensions de retraite à certaines des catégories de fonctionnaires, il faut attendre 1850 pour que des compagnies de chemins de fer privées, puis les compagnies minières en 1894, mettent en place des « régimes spéciaux » concernant leurs employés.
Entre-temps, des sociétés de secours mutualistes, toujours entravées par la législation anti-syndicale basée sur la loi Le Chapelier de 1791, ont bien tenté de répondre à l’exigence des travailleurs. Cependant, en 1890, 3,5 % des vieux ouvriers pouvaient « bénéficier » d’une pension de retraite.
Mises en place en 1910, les retraites ouvrières et paysannes ont été un régime par capitalisation géré par l’État, qui s’est servi immédiatement des sommes cotisées pour financer la boucherie impérialiste de 1914-1918. En outre, en fixant l’âge de départ à la retraite à 65 ans (ramenée à 60 en 1912), alors que l’espérance de vie des hommes était de 48 ans et celle des femmes de 52 ans, le gouvernement de l’époque avait créé « une retraite pour les morts », selon l’expression de la CGT.
Aussi, c’est bien la mobilisation, la grève, parfois les morts de la répression, qui ont permis de déboucher sur le système de 1945. Celui-ci n’est pas dû à la bonté ou à l’extrême humanité de tel ou tel ministre, c’est la conséquence de la faillite des « retraites ouvrières et paysannes » et de la polarisation des rapports entre les classes à la fin de la Seconde guerre mondiale quand, de peur de tout perdre, la bourgeoisie, largement compromise avec le régime de Vichy et l’Allemagne nazie, a dû concéder beaucoup.
Après 1945
Nous nous limiterons à ceux qui ne possèdent pas de moyens de production (les travailleurs salariés et les fonctionnaires), les artisans, commerçants, professions libérales, « indépendants » ayant, quant-à-eux, constitué des systèmes de retraite volontairement en rupture et en opposition au mouvement qui a mené au système de retraites qui se met en place en 1945, dans le cadre de la sécurité sociale, gérée par les représentants des travailleurs jusqu’en 1967.
À ce système, s’ajoutent donc des systèmes pré-existants comme celui des fonctionnaires et des régimes spéciaux fruits de mobilisations antérieures (cheminots, mineurs, électriciens, gaziers…). L’existence de ces régimes ne signifie par que leurs bénéficiaires sont des privilégiés, simplement, le plus souvent, ils entérinaient des conditions de travail spécifiques ou particulièrement difficiles.
Ces régimes de retraites ont généralement en commun d’être basés sur la répartition qui s’appuie sur la solidarité intergénérationnelle : les actifs versent une partie de leur salaire en cotisations sociales. C’est ce qu’on appelle le salaire différé ou socialisé, car il a vocation à être reversé sous forme de pension de retraite en l’occurrence.
Les actifs versent des cotisations qui servent à payer les pensions des retraités et, ce faisant, ils acquièrent le droit à percevoir, le moment venu, une pension dont le montant est garanti. L’exception concerne la Fonction publique dont le droit à pension est inscrit au « grand livre de la dette », l’État-patron et les fonctionnaires acquittant une cotisation pour pension civile ou militaire.
Voilà pour ce qu’on appelle le régime de base, car s’y ajoute souvent une retraite complémentaire obligatoire, basée pour le secteur privé sur l’AGIRC (cadres) et l’ARRCO (ouvriers et employé), regroupés récemment dans un « groupement d’intérêt économique ».
Les agents non-titulaires de la Fonction publique, de plus en plus nombreux1, cotisent à l’IRCANTEC. Autre particularité de la Fonction publique, jusqu’en 2004 avec la mise en place de la RAFP (Retraite additionnelle de la fonction publique), il n’existait pas de retraite complémentaire obligatoire !
Les systèmes de retraites sur-complémentaires ou de complémentaires facultatives sont nombreux : PERP (Plan d’épargne retraite populaire) ou PERCO (Plan d’épargne pour la retraite collectif), surtout. Tous basés sur la capitalisation, ils sont l’objet d’une propagande de grande envergure avec des « incitations fiscales » non négligeables.
Là aussi, la Préfon, mise en place en 1964 dans la Fonction publique, actuellement dirigée par un représentant de la CFDT, ne concerne que 100 mille allocataires et 400 mille affiliés2. Il faut savoir que pour investir dans ce système, il faut être ou avoir été fonctionnaire. Combien parmi ceux-là, placés en position hors cadre de la Fonction publique, sont allés faire une brillante et lucrative carrière à des postes de direction dans le secteur privé ?
Dans le prochain article, nous aborderons les conditions de versement des pensions de retraite (âge, durée de cotisation, calcul du montant des pensions) et nous verrons comment les contre-réformes successives ont dégradé ces critères.
Nous ferons également la lumière sur le concept de « retraite à la carte », cher à la CFDT et l’impact qu’aurait la généralisation d’une retraite par points.
1. Selon l’INSEE, en 2016, en ajoutant les trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière), on obtient 4 millions 153 mille fonctionnaires et 966 mille contractuels, « hors contrats aidés ».
2. Selon https://fr.wikipedia.org/wiki/Préfon





